La place de la critique du numérique
L’affaire Baucher n’est pas une crise du monde scientifique. La seule vraie crise, c’est la polycrise climatique, écologique, énergétique, biologique, etc. Les scientifiques ont besoin de temps et de moyens pour bosser, et d’être ensuite écouté·es par les décideurs. C’est notre principale prétention : vouloir éclairer les décisions importantes avec ce qu’on sait pour sûr, et chercher à comprendre ce qu’on ne sait pas pour sûr. N’être ni inutiles ni prescripti·ves.
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Je crois que c’est un peu le boulot de ma communauté scientifique d’affirmer que Romain Couillet n’est pas l’opposant au système qu’il prétend être, et que son seul impact est d’empêcher de bosser les gens qui voudraient s’attaquer vraiment aux problèmes sociétaux posés par le numérique. Il serait pourtant temps qu’on puisse se concentrer sur ce problème avant qu’il ne soit trop tard.
Martin Quinson, Pourquoi Romain Couillet n’est plus un collègue, https://people.irisa.fr/Martin.Quinson/private/2606-Romain-Couillet-nest-plus-un-collegue/
Je ne vais pas résumer l’affaire (pas si simple, mais difficile de parler de “martyr” de la recherche scientifique là où il n’y a pas de recherche scientifique), ce qui m’intéresse ce sont les réactions et la tension entre le domaine académique et les technocritiques (voir le mouvements anti-industriel). Il est nécessaire, vital, important, etc., de disposer autant de groupes de recherche scientifique que de collectifs de personnes qui œuvrent chacun pour développer une critique forte du numérique. L’un ne peut pas aller sans l’autre, et inversement. Et l’articulation entre les deux n’est pas simple, comme le prouve cette histoire.
David Monniaux a lui aussi souligné plusieurs raisons de se concentrer sur les initiatives actives plutôt que cette histoire faussement dramatique (à l’origine, parce que là ça prend des proportions…) :
Ainsi, comme souvent, le problème n’est pas qu’il n’y a pas de personnes qui réfléchissent sur certaines questions, mais qu’on ne leur passe pas la parole.
David Monniaux, La recherche critique est invisibilisée, https://blogs.mediapart.fr/david-monniaux/blog/080626/la-recherche-critique-est-invisibilisee
Quoi qu’il en soit il faut parcourir la thèse d’Achille Baucher (https://achille.baucher.net/files/thesenet.pdf), et comprendre les tensions en jeu. Et d’aller (re)lire Carla Bergman et Nick Montgomery sur la façon de mener nos luttes, à l’université et en dehors.