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Manifestation et incohérence : jour 2 des Rencontres de Lure

Cherchant depuis deux ans un moyen de restituer mon expérience des Rencontres internationales de Lure, je profite de la thématique de cette année – Portraits/paysages, un monde de formats – pour expérimenter un nouveau moyen de rendre compte de cette semaine de rencontres très dense : je décide cette fois de rédiger un article pour chaque journée, reprenant quelques idées notées et issues des conférences ou des discussions. L’objectif n’est pas uniquement de partager des discours entendus, mais de voir également qu’est-ce que j’ai appris et qu’est-ce que je pourrais réutiliser réellement dans mes pratiques professionnelles ou personnelles.
Voici ce que j’ai noté pour la seconde journée – pour la première journée, c’est par ici.

Manifestation, édition

Nicolas Taffin est venu présenter le travail de ses étudiants en édition à Caen, et notamment deux livres produits par les deux dernières promotions.

Maximilien Vox, Traits de caractères

Nicolas Taffin a parlé de processus de travail – outils, chaîne XML, mise en forme, diffusion – et a évoqué la PAO comme permettant la manifestation de l’œuvre que sera le livre imprimé– sous-entendu une manifestation parmi d’autres. Dans le modèle FRBR, on retrouve l’œuvre, l’expression, la manifestation et le document. Cette petite précision – la PAO est le moyen d’obtenir la manifestation de l’œuvre qu’est le livre imprimé – permet de reconsidérer la chaîne de production et ses outils tout autant que les résultats obtenus, dans le cadre d’une modélisation conceptuelle. Le format XML, la PAO, la version imprimée, le fichier EPUB, autant d’étapes ou de versions d’un même document. Il ne faut pas considérer la version finale – souvent le livre papier – mais le processus et le travail fourni pendant celui-ci, dont l’objectif peut aussi bien être une impression qu’une mise en ligne sur un site ou une plateforme web. Il y aura, dans tous les cas, un travail d’édition, d’éditeur.

Rôle de l’incohérence

Thomas Huot-Marchand, directeur de l’ANRT, est venu présenter, avec ses étudiants, les travaux des deux premières années d’ANRT – Atelier national de recherche typographique. Parmi ces douze projets de recherche – par exemple “Triptyque. Un pays, trois systèmes d’écriture” ou “Typographie et algorithmie discrète: penser un outil capable de générer un caractère typographique à partir d’un ouvrage imprimé” –, un projet m’a particulièrement marqué : “Intentions incohérentes, un cadre pour l’expérimentation formelle dans la conception de caractères de texte”, par Julian Moncada.

Extrait du poster de Julian Moncada

Julian Moncada a questionné le rôle de l’incohérence lors de la conception d’un caractère de labeur.

Avec ce projet l’idée n’est pas d’imposer l’incohérence comme un nouveau canon, mais de l’introduire comme un moyen de réinterroger les relations qui font une police de texte efficace et, à partir de ce processus, de développer une meilleure compréhension de ces relations.

Alors que la cohérence entre les glyphes était le leitmotiv du 20e siècle pour la création d’une fonte de labeur, Julian Moncada interroge cette notion de cohérence dans le cadre de l’enseignement du dessin de caractères. Par extension cette approche de l’incohérence peut s’étendre au-delà de la lettre : au mot, à la phrase, au texte. L’objectif – selon moi – peut être aussi de rechercher une meilleure visibilité ou lisibilité dans la relation avec un commanditaire. Favoriser la conception d’interfaces de lecture par un travail sur l’incohérence typographique – typographie au sens large et non uniquement pour le dessin de caractères – est une démarche disruptive, et très stimulante.