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Processus et ligature : jour 1 des Rencontres de Lure

Cherchant depuis deux ans un moyen de restituer mon expérience des Rencontres internationales de Lure, je profite de la thématique de cette année – Portraits/paysages, un monde de formats – pour expérimenter un nouveau moyen de rendre compte de cette semaine de rencontres très dense : je décide cette fois de rédiger un article pour chaque journée, reprenant quelques idées notées et issues des conférences ou des discussions. L’objectif n’est pas uniquement de partager des discours entendus, mais de voir également qu’est-ce que j’ai appris et qu’est-ce que je pourrais réutiliser réellement dans mes pratiques professionnelles ou personnelles.
Voici ce que j’ai noté pour la première journée.

Processus de travail

Erich Brechbühl est designer graphic, il est venu présenter certains de ses travaux, dont des posters (des travaux de commande).

Poster "Welcome to Lucerne, Erich Brechbühl"

Ce qui m’a marqué dans sa présentation, ce n’est pas tant le résultat que les processus qu’il a mis en place, et qui peuvent être présentés en quelques points :

  • manipulation du sujet : compréhension et reformulation de la problématique ;
  • expression du sujet : esquisses plaçant les premiers arguments issus de la compréhension et de la (re)formulation ;
  • recherche de motifs : développement du champ lexical du ou des sujets, travail de recherche, souvent historique, pour sélectionner des patterns qui serviront à la réalisation de l’affiche ;
  • mixage des esquisses et des motifs, articulation entre les arguments et les patterns, entre les idées issues de l’analyse de la commande et les recherches historicographiques ;
  • deuxième phase de recherche (en option) : références graphiques, par exemple affiches du début du siècle ;
  • réalisation de l’affiche finale : produit finalisé.

Erich Brechbühl prototype très vite, et enrichit ensuite ses esquisses de matière et de références répondant à la commande, un processus de travail intéressant.

La ligature comme éclairage

Sandrine Nugue a présenté l’Inifini, une famille de caractères typographiques qu’elle a créé et développé en réponse à la commande publique du Centre national des arts plastiques. Ce caractère est disponible librement, accompagné d’un specimen très beau, comportant des textes très intéressants, par ici : http://www.cnap.graphismeenfrance.fr/infini/

Les ligatures dans l'Infini

Les ligatures y prennent une place importante, la présentation du caractère pendant les Rencontres de Lure a permis une discussion intéressante autour de ce sujet. Devenues aujourd’hui une sorte de performance formelle, passage obligé pour tout dessinateur de caractère, les ligatures avaient au départ un tout autre rôle. Destinées à gagner de la place pour la gravure lapidaire (sur la pierre) durant les premiers siècles du christianisme, les ligatures peuvent aujourd’hui être utilisées pour amener à voir le texte, lui donner un nouvel éclairage afin que nous y portions un regard plus intéressé. Les ligatures peuvent donc être un moyen – parmi d’autres – pour structurer le texte, pour le rendre parfois plus visible. D’autant que les ligatures sont désormais largement supportées dans les navigateurs web.